Changement d’adresse

Désormais l’URL de mon blog sera : http://ludovicyepez.wordpress.com/

J’en profiterai pour réécrire certains articles que je trouve bâclés.

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En repensant aux crimes coloniaux…

Petit-fils de pied-noir né à Aïn Témouchent je me suis beaucoup intéressé à l’Histoire de l’Algérie. Malheureusement cette dernière est trop souvent instrumentalisée, soit par des politiciens sans scrupules, soit par des associations, soit par des journalistes… de tout l’échiquier politique, car la manipulation de l’Histoire s’étend de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.

Je me suis questionné : pourquoi la guerre d’Algérie est-elle autant médiatisée? Et aussi pourquoi y a-t-il autant de désinformation et de surenchère? Car la liste des crimes commis dans l’ex empire colonial est longue! Prenons quelques exemples :

-La pacification du Maroc de 1907 à 1934 a été d’une grande brutalité, particulièrement pour les Rifains de 1921 à 1926. Le général français Augustin Guillaume déclarait : « Aucune tribu n’est venue à nous sans avoir été préalablement vaincue par les armes ». Dans la mesure où la monarchie chérifienne a été la bénéficiaire de ces campagnes militaires il est peu probable qu’on n’entende parler de repentance.

-Le conflit bamiléké au Cameroun dans les années 50 et 60 (à la fois une guerre coloniale et postcoloniale) contre l’UPC a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes ; l’Etat camerounais dirigé par Paul Biya depuis 1982 est également l’héritier de cette guerre.

-La guerre d’Indochine de 1946 à 1954 a été plus meurtrière que la guerre d’Algérie. Or le gouvernement vietnamien n’a, il me semble, jamais demandé d’excuses.

Ces trois exemples montrent bien que l’attitude qui consiste à s’excuser de manière sélective est hypocrite. Par ailleurs il est affligeant d’entendre parler de « génocide » alors que la guerre d’Algérie a été une guerre de basse intensité (à lire sur le sujet, un article de Roger Vétillard : pas de génocide en Algérie – précisons que la thèse du génocide vendéen (1793-1795) durant la Révolution française est ultra minoritaire chez les historiens), même si elle est meurtrière.

Pourquoi ce matraquage médiatique alors? La réponse se trouve probablement dans la guerre civile des années 90, également appelée « décennie noire ». Aussi bien pour les opposants laïcs, les apparatchiks du régime et les islamistes, la « guerre de libération » est une source de légitimité. Aussi il y a un consensus dans la classe politique algérienne pour demander des excuses voire des réparations (la population est quant à elle beaucoup plus mitigée).

Pourtant cette surenchère fait beaucoup plus de mal que de bien, aussi bien aux Algériens qu’aux Français. Elle empêche l’apaisement des mémoires et nuit à la compréhension de l’Histoire par le grand public. Moi-même j’ai longtemps cru aux 45 000 morts de Sétif le 8 mai 1945 contre une manifestation pacifique (lire à ce propos cet article de Guy Pervillé)…

Pour l’instant je ne juge pas le discours et l’attitude de François Hollande, il faudra voir sur le long terme s’il parvient à une véritable réconciliation : il appelle ainsi au respect de toutes les mémoires et souhaite l’accès aux archives pour les historiens, ce qui est une bonne nouvelle.

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L’affaire Mécili

A l’occasion de la visite de François Hollande en Algérie, il est important de connaître les relations mafieuses entre les deux Etats. Ce meurtre impuni de 1987 est un véritable scandale : l’assassin fut protégé par le ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua, et il vivrait actuellement en Algérie en toute liberté. Il faut toutefois noter que ce n’est ni la première ni la dernière fois que les services secrets algériens assassinent des opposants à l’étranger.

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Benjamin Stora – Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance 1962-1988

Benjamin Stora - Histoire de l'Algérie depuis l'indépendance

Je m’étais un peu acharné contre cet historien médiatique que je trouvais malhonnête et partial, ce que j’explique personnellement soit par un passé trotskyste non renié, soit par sa soumission au pouvoir politique. Mais j’avoue avoir été injuste : j’avais ainsi apprécié sa contribution au numéro des Temps modernes consacré aux harkis où il répondait aux questions de Fatima Besnaci-Lancou.

Sur ce bouquin d’une centaine de pages Benjamin Stora retrace les vingt-six premières années de l’Algérie indépendante, période où le FLN était parti unique. L’auteur montre comment l’économie et la société algérienne ont évolué avec notamment :

-Une scolarisation de la population et un analphabétisme qui a fortement reculé.

-Une industrialisation chaotique où les erreurs de gestion semblent avoir été les mêmes qu’en URSS.

-Un exode rural et une urbanisation de l’Algérie.

-Une démographie galopante, le taux de fécondité atteignant le record de 8,1 enfants par femme en 1975!

-Une révolution agraire qui a été un désastre : l’agriculture s’est effondrée.

-Le secteur des hydrocarbures qui prend de plus en plus d’importance, au point de rendre le pays complètement dépendant. Le contre-choc pétrolier des années 80 est une des raisons principales des difficultés économiques.

-L’émigration de centaines de milliers d’Algériens vers l’ancienne métropole.

-L’instrumentalisation de la religion par Houari Boumediene, qui islamise la société (nombreuses constructions de mosquées, mise en place d’un islam d’Etat…).

-L’écriture d’une Histoire officielle mensongère, où par exemple des personnages historiques de la guerre d’indépendance (Hocine Aït-Ahmed, Mohamed Boudiaf…) ont été effacés.

-Un chômage massif et une crise aiguë du logement.

-Une dette publique qui étrangle littéralement le pays.

-Le développement considérable de la corruption à partir de Chadli Bendjedid (1979).

-Et bien sûr, la dictature militaire : « C’est l’Etat-armée sous Houari Boumediene qui tient véritablement le parti FLN, et non le parti unique qui tient l’Etat. » Sur ce point l’Algérie se distingue donc des régimes communistes.

J’ai dans l’ensemble beaucoup apprécié ce petit livre qui explique bien dans quel contexte se déclenchent les émeutes d’octobre 1988, qui sont un signe annonciateur de la guerre civile des années 90.

Certains passages m’ont paru critiquables, comme sur l’assassinat de Jean Sénac par le « fanatisme religieux » alors que le ou les tueurs n’ont jamais été identifiés (le très beau film « Le soleil assassiné » laisse d’ailleurs planer le doute). De même l’expulsion des Marocains en 1975 aurait pu être signalée dans le passage consacré au conflit du Sahara occidental.

Mais ce travail reste tout de même excellent. En revanche je serai beaucoup moins indulgent sur d’autres livres, comme son récent « La guerre d’Algérie expliquée à tous ». Rappelons aussi que son documentaire « La déchirure » a reçu de sévères critiques par plusieurs spécialistes de l’Histoire de l’Algérie : Daniel Lefeuvre, Guy Pervillé, Maurice Faivre, Roger Vétillard

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La guerre civile syrienne et le magazine l’Histoire

Je découvre avec stupéfaction ce texte de Maurice Sartre sur le site du magazine L’Histoire, qui m’interpelle pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’une revue historique n’a pas à prendre de telles positions politiques. Ensuite parce que le manichéisme dont fait preuve l’auteur est grossier, sachant que la Syrie est non seulement dans une guerre civile (autrement dit : des atrocités ont lieu de part et d’autre) mais également le centre d’enjeux internationaux qu’avait bien résumé Gérard Chaliand.

Soutenir la transition démocratique? Bien sûr, mais à condition que l’on cesse l’hypocrisie. Est-ce qu’il n’est pas scandaleux que les pays occidentaux soutiennent des monarchies théocratiques (Maroc, Arabie Saoudite…), des dictatures militaires (Algérie…) ou encore des Etats fantoches ultra corrompus comme le Kosovo?

Et puis franchement, assimiler le Venezuela avec la Corée du nord, l’Iran et le Zimbabwe, on sombre dans le ridicule… Je suis personnellement loin d’être un fan de Hugo Chavez, mais on ne peut pas dire que le Venezuela est une dictature : il y a un pluralisme politique et médiatique incontestable (que l’on ne retrouve pas par exemple à Cuba).

Maurice Sartre nous a donc pondu un article déplacé, insipide et convenu. Bien entendu il ne fait pas de doutes que la majorité de la population syrienne souhaite le départ de Bachar al-Assad, mais une telle caricature est indigne d’un magazine qui traite d’Histoire!

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Andrew Nagorski – La bataille de Moscou

Andrew Nagorski - La bataille de Moscou

Affrontement titanesque entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, défaite majeure de la Wehrmacht qui mit fin à la stratégie de la Blitzkrieg, la bataille de Moscou m’a toujours intrigué. Aussi ce livre d’Andrew Nagorski avait tout pour me plaire, d’autant plus que l’introduction annonçait le meilleur.

Hélas, la majorité de l’ouvrage ne porte pas sur la bataille elle-même, mais sur l’ensemble de l’opération Barbarossa, sur Hitler et Staline, sur le jeu diplomatique, sur le vécu des militaires et des civils… autrement dit : du hors-sujet! Le contenu n’est pas forcément sans intérêt, le lecteur apprend certains faits incroyables (les soldats allemands qui devaient combattre avec des équipements d’été quand il faisait -30°, Staline qui prévoyait déjà les futures annexions de l’URSS…), quelques anecdotes étonnantes (exemple de ce soldat soviétique d’origine juive torturé par le NKVD car pris pour un espion allemand…) mais dans l’ensemble le travail est assez décevant.  Un livre sympathique mais dispensable.

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La propagande médiatique

C’est incroyable le pouvoir que peuvent avoir les images! A titre personnel je me suis rendu compte petit à petit que sur une multitude de sujets la presse déformait les faits, les exagérait voire faisait tout simplement de la désinformation. Les faits divers matraqués jusqu’à la nausée participent également à l’intoxication de l’opinion publique, en dépit de leur véritable importance au regard de l’actualité.

L’archétype de la manipulation reste l’affaire des couveuses au Koweït. Si on essaie de se resituer en 1990, comment pouvait-on réagir quand on voyait ça? Est-ce qu’il était possible à l’époque d’émettre des doutes sur la sincérité de la jeune fille? C’est peu probable… Néanmoins cette affaire a eu un côté positif : elle a montré ouvertement qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce qui est débité par les journaux télévisés et son exemple incite les citoyens à s’informer et se questionner.

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